« Fait maison » au restaurant : que signifie vraiment cette mention en 2026 ?

Une petite casserole surmontée d’un toit, les mots « fait maison » à côté d’un plat… Pour le consommateur, le message semble évident : le cuisinier a préparé lui-même ce qui arrive dans l’assiette. Dans la pratique, la définition est un peu plus précise et autorise certains ingrédients qui n’ont pas été fabriqués dans le restaurant.

En 2026, la mention « fait maison » reste encadrée par le Code de la consommation. Une réforme a par ailleurs été engagée afin de faire évoluer le dispositif, mais elle n’a pas encore remplacé les règles actuellement applicables.

Un plat élaboré sur place à partir de produits bruts

La règle de base est assez simple. Le Code de la consommation prévoit qu’un plat « fait maison » doit être élaboré sur place à partir de produits bruts.

Un produit brut est un aliment cru qui n’a pas été assemblé avec un autre produit alimentaire, à l’exception du sel. Contrairement à une idée assez répandue, « brut » ne signifie donc pas obligatoirement « acheté frais le matin ». Un produit peut notamment avoir été conservé au froid ou surgelé sans perdre automatiquement cette qualité, dès lors qu’il reste cru et n’a pas subi une transformation incompatible avec la définition.

Un restaurateur peut ainsi travailler lui-même une matière première qui a été congelée. La mention renseigne avant tout sur le travail réalisé en cuisine, et non sur le caractère local, biologique ou nécessairement frais de chaque ingrédient.

Certains produits déjà transformés restent autorisés

Préparer absolument chaque ingrédient dans son établissement serait peu réaliste. La réglementation prévoit donc plusieurs exceptions pour des produits que le consommateur ne s’attend généralement pas à voir fabriquer par le restaurateur lui-même.

Peuvent notamment entrer dans la composition d’un plat « fait maison » :

  • les fromages, le lait, la crème fraîche et les matières grasses ;
  • le pain, les farines et les biscuits secs ;
  • les pâtes et les céréales ;
  • les légumes et fruits secs ou confits ;
  • les condiments, épices, aromates et concentrés ;
  • le chocolat, le café, le thé et les infusions ;
  • certaines salaisons, charcuteries et saurisseries, avec des exceptions particulières.

La liste complète est définie par l’article D122-1 du Code de la consommation. Un plat composé uniquement de ces produits dérogatoires ne peut toutefois pas être présenté comme « fait maison ». Il faut donc qu’un véritable travail culinaire soit réalisé à partir de produits bruts.

« Fait maison » ne veut pas dire que tout a été fabriqué par le chef

C’est probablement le point qui prête le plus à confusion. Un restaurateur n’a pas besoin de fabriquer son pain, son fromage, ses pâtes sèches ou son chocolat pour revendiquer la mention.

Prenons l’exemple d’un plat de pâtes accompagné d’une sauce préparée dans la cuisine à partir de tomates, de légumes et d’autres ingrédients bruts. Les pâtes peuvent avoir été achetées telles quelles : cela n’empêche pas nécessairement le plat fini de répondre aux critères du fait maison.

À l’inverse, acheter un plat déjà cuisiné auprès d’un fournisseur puis simplement le réchauffer ne permet pas de le présenter comme fait maison. La philosophie du dispositif consiste justement à distinguer les plats réellement cuisinés par l’établissement des préparations industrielles prêtes à l’emploi.

Que signifie exactement « élaboré sur place » ?

En principe, le plat doit être préparé dans les locaux de l’établissement où il est proposé à la vente ou à la consommation.

Il existe néanmoins des exceptions. Un traiteur organisateur de réception peut par exemple préparer ses plats dans ses propres locaux avant de les servir ailleurs. La même souplesse existe pour certaines activités de commerce non sédentaire, notamment sur les marchés, les foires ou lors de manifestations de plein air.

En revanche, un restaurant collectif simplement livré par une cuisine centrale située ailleurs ne peut pas aujourd’hui considérer ces plats comme préparés sur place au sens de cette réglementation.

Le restaurateur est-il obligé d’utiliser la mention ?

La mention permet d’identifier les plats répondant aux critères légaux. Lorsqu’un établissement propose à la fois des plats faits maison et d’autres qui ne le sont pas, la mention ou le logo peut être placé à côté des plats concernés.

Si l’ensemble de la carte répond aux critères, le restaurateur peut afficher la mention à un endroit unique visible des consommateurs. Il n’est alors pas nécessaire de répéter le logo devant chaque préparation.

Il ne s’agit pas d’un label délivré après une certification préalable. Le professionnel utilise lui-même la mention sous sa responsabilité. L’administration peut cependant contrôler que son utilisation est justifiée, et une présentation trompeuse est susceptible de relever des règles relatives aux pratiques commerciales trompeuses.

Fait maison, produits frais et cuisine artisanale : attention aux raccourcis

La mention apporte une information précise, mais elle ne garantit pas tout. Elle ne signifie pas nécessairement que tous les produits sont frais, locaux, issus de l’agriculture biologique ou préparés par un artisan.

Le ministère de l’Économie rappelle d’ailleurs qu’un plat fait maison peut être produit en quantité importante, notamment dans une chaîne de restauration ou dans certains établissements de restauration collective. Le terme décrit avant tout la manière dont le plat a été préparé.

Il ne faut pas non plus confondre cette mention avec le titre de maître-restaurateur, qui repose sur un cahier des charges beaucoup plus large portant notamment sur la cuisine, les produits utilisés et la qualité de l’établissement.

Pourquoi le « fait maison » revient-il dans l’actualité en 2026 ?

Le dispositif pourrait prochainement évoluer. À la suite des Assises de la restauration et des métiers de bouche de 2025, le gouvernement a annoncé vouloir revoir la mention afin de l’adapter aux pratiques actuelles des professionnels.

Une consultation a été lancée en février 2026 au sein du Conseil national de la consommation. Parmi les pistes étudiées figurent l’élargissement de la liste des produits autorisés malgré leur caractère non brut, une meilleure compréhension de la mention par le public et une adaptation aux contraintes particulières de la restauration collective.

Le CNC a rendu son avis le 2 juin 2026. Sur la communication, les participants n’ont proposé de modifier ni le nom « fait maison » ni son logo. Ils estiment surtout qu’il faut mieux expliquer au consommateur ce que recouvre réellement cette mention et mieux informer les professionnels sur ses conditions d’utilisation.

La question de la restauration collective est plus délicate. Les participants s’accordent sur la nécessité de valoriser le travail des cuisiniers, mais aucun consensus n’a été trouvé entre l’assouplissement des règles actuelles et la création d’une mention différente spécialement destinée à ce secteur.

En août 2026, les règles actuelles restent donc la référence

La réforme annoncée ne doit pas être confondue avec une nouvelle réglementation déjà entrée en vigueur. Au 10 août 2026, le Code de la consommation continue de définir un plat fait maison comme un plat élaboré sur place à partir de produits bruts, avec les exceptions prévues par les textes.

Les restaurateurs peuvent retrouver le détail des règles sur la page officielle du ministère de l’Économie consacrée à la mention « fait maison » en restauration.

Pour le client, le logo reste donc un indicateur utile, à condition de savoir ce qu’il garantit réellement : une préparation effectuée par l’établissement à partir de produits bruts, mais pas nécessairement une cuisine entièrement réalisée à partir de produits frais, locaux ou fabriqués sur place jusque dans le moindre ingrédient.